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Article de fond

Toxine botulique, grossesse et allaitement : que disent les notices ?

Pendant la grossesse et l’allaitement, les notices des toxines botuliques utilisées en esthétique déconseillent l’injection, faute de données suffisantes chez la femme enceinte et sur le passage dans le lait. Voici ce qu’elles disent précisément, ce que l’on sait d’une injection faite avant de se savoir enceinte, et quand en parler à un médecin.

Une grossesse en cours, un projet de bébé, un allaitement : la question revient souvent en consultation. Elle fait partie des précautions avant et après une injection de toxine botulique, et cet article la détaille en s’appuyant uniquement sur les notices officielles des médicaments et sur les rares données publiées.

Ce que disent les notices pendant la grossesse

Les résumés des caractéristiques du produit (RCP) sont les notices officielles destinées aux médecins. Pour les toxines botuliques autorisées en esthétique, leur rubrique consacrée à la grossesse va dans le même sens pour toutes celles que nous avons consultées, avec des formulations plus ou moins strictes selon les produits :

  • pour une toxine de type A, le produit « n’est pas recommandé pendant la grossesse ni chez la femme en âge de procréer n’utilisant pas de contraception »1 ; une autre emploie une formulation très proche4 ;
  • pour une troisième, le produit « ne doit pas être utilisé pendant la grossesse à moins d’une nécessité absolue »2 ;
  • pour une quatrième, le produit « ne doit pas être utilisé pendant la grossesse »3 ;
  • pour la toxine botulique de courte durée (sérotype E), l’utilisation pendant la grossesse et chez les femmes en âge de procréer n’utilisant pas de contraception « n’est pas recommandée »5.

La toxine courte durée est autorisée dans l’Union européenne5. Au 9 octobre 2026, elle est aussi autorisée au Canada (depuis le 22 juin 2026)7. En pratique, le traitement esthétique des rides n’a aucun caractère d’urgence. La position la plus simple, et celle qui découle des notices, est de reporter toute injection après la grossesse.

Pourquoi cette prudence ?

La prudence vient d’abord d’un manque de données. Une notice précise qu’il n’existe pas d’études appropriées sur l’utilisation de la toxine botulique de type A chez la femme enceinte, que les études chez l’animal ont mis en évidence une toxicité sur la reproduction, et que le risque potentiel chez l’humain est inconnu1. Pour la toxine courte durée, les données chez la femme enceinte sont limitées et les études animales insuffisantes pour conclure5.

Ce n’est donc pas la preuve d’un danger, mais l’absence de preuve de sécurité. Les connaissances disponibles viennent surtout du suivi de grossesses exposées sans le savoir, comme l’analyse présentée ci-dessous6.

Une injection reçue avant de se savoir enceinte

C’est la situation la plus fréquente, et elle inquiète beaucoup. Premier réflexe : le signaler au médecin ou à la sage-femme qui suit la grossesse, ainsi qu’au médecin qui a réalisé l’injection. La notice de la toxine courte durée demande d’ailleurs d’informer le médecin si une grossesse survient après le traitement5. Notez la date de l’injection, la zone traitée et, si possible, le nom et le numéro de lot du produit, que les notices demandent d’enregistrer5.

Les seules données chiffrées publiées viennent de la base de pharmacovigilance d’un fabricant de toxine de type A, analysée sur 29 ans6. Sur 913 grossesses signalées, 397 avaient une issue connue et pouvaient être analysées ; l’indication était esthétique dans environ un tiers des cas où elle était connue, et l’exposition avait eu lieu avant la conception ou au premier trimestre dans près de 95 % des cas où la date était connue6. Parmi les 152 naissances vivantes issues des grossesses signalées avant leur issue, une seule malformation majeure a été rapportée, soit 0,7 %, un taux que les auteurs jugent comparable à celui de la population générale6.

Ces chiffres ont des limites importantes, que les auteurs reconnaissent en partie : issues d’une base de pharmacovigilance, les données sont soumises à un biais de déclaration, elles sont rares pour une exposition au deuxième ou au troisième trimestre, et la plupart des auteurs sont salariés du fabricant6. Elles ne permettent pas de conclure qu’une injection pendant la grossesse est sans risque ; elles peuvent en revanche nourrir l’échange avec le médecin qui vous suit, seul à même d’évaluer votre situation.

Projet de grossesse et contraception

Les notices visent aussi les femmes en âge d’avoir des enfants qui n’utilisent pas de contraception : l’injection n’y est pas recommandée1,4,5. Si vous avez un projet de grossesse, dites-le au médecin avant la séance.

Aucune notice ne fixe de délai à respecter entre une injection et une conception. Pour vous repérer, retenez que l’effet est temporaire : il s’estompe progressivement à mesure que le nerf retrouve sa capacité à commander le muscle. Les délais propres à chaque famille de toxines sont détaillés sur notre page consacrée à la durée de l’effet de la toxine botulique.

Et pendant l’allaitement ?

Là encore, les notices convergent. On ne sait pas si la toxine botulique passe dans le lait maternel1,2,5. Selon les produits, son utilisation pendant l’allaitement est « déconseillée »1, « n’est pas recommandée »4,5 ou « ne doit pas » avoir lieu2. La notice de la toxine courte durée ajoute qu’un risque pour le nouveau-né ou le nourrisson ne peut être exclu5.

Aucune notice n’indique combien de temps attendre après l’arrêt de l’allaitement, ni s’il faudrait suspendre l’allaitement après une injection. Si vous allaitez et que la question se pose, parlez-en au médecin avant toute séance plutôt qu’après.

Et la fertilité ?

Chez l’humain, il n’existe pas de données sur l’effet des toxines botuliques sur la fertilité1,2,5. Chez l’animal, les résultats varient : une notice rapporte une diminution de la fertilité chez le rat1, une autre l’absence d’effet chez le lapin2, et la notice de la toxine courte durée précise qu’une altération de la fertilité n’a été observée avec une toxine de type A qu’à des doses provoquant des effets exagérés5. Ces données animales ne permettent pas de tirer de conclusion pour une personne qui a reçu une injection esthétique.

En parler avec votre médecin

Avant toute injection, le médecin doit savoir si vous êtes enceinte, si vous pensez pouvoir l’être, si vous avez un projet de grossesse ou si vous allaitez. C’est une question qu’il pose normalement, mais n’hésitez pas à l’aborder vous-même. Les autres situations à signaler (traitements, maladies neuromusculaires, injection récente) sont rassemblées dans nos réponses aux questions fréquentes sur la toxine botulique et sur la page des précautions.

À retenir

  • Les notices déconseillent, voire interdisent, la toxine botulique pendant la grossesse1,2,3,5.
  • Elles la déconseillent aussi pendant l’allaitement : on ignore si elle passe dans le lait1,2,5.
  • Après une injection faite avant de se savoir enceinte, prévenez le médecin qui suit la grossesse5.
  • Les données publiées ne montrent pas d’excès de malformations majeures, mais elles restent limitées6.

Questions fréquentes

  • Peut-on faire du Botox enceinte ?

    Ce n’est pas recommandé. Les notices des toxines botuliques utilisées en esthétique que nous avons consultées déconseillent l’injection pendant la grossesse1,4,5, certaines l’interdisant expressément3. La raison n’est pas un danger démontré chez la femme enceinte, mais l’absence d’études appropriées, alors que des effets sur la reproduction ont été observés chez l’animal1. Le traitement des rides peut attendre la fin de la grossesse et de l’allaitement.

  • J’ai reçu une injection sans savoir que j’étais enceinte : que faire ?

    Parlez-en au médecin ou à la sage-femme qui suit votre grossesse, ainsi qu’au médecin injecteur, en précisant la date et le produit utilisé. La notice de la toxine courte durée demande d’informer le médecin d’une grossesse découverte après le traitement5. Les données de pharmacovigilance publiées ne montrent pas d’excès de malformations majeures, mais elles ont des limites importantes6.

  • Peut-on recevoir une injection de toxine botulique en allaitant ?

    Les notices le déconseillent ou l’interdisent, car on ne sait pas si la toxine passe dans le lait maternel1,2,5. Celle de la toxine courte durée précise qu’un risque pour le nourrisson ne peut être exclu5. Aucune notice ne fixe de délai à respecter après l’arrêt de l’allaitement. Si la question se pose pour vous, parlez-en à votre médecin avant toute injection.

Sources

  1. 1.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  2. 2.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 61592762) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  3. 3.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 66865211) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  4. 4.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 69878363) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  5. 5.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)
  6. 6.Brin M.F. et al., issues de grossesse après exposition à une toxine botulique de type A : analyse sur 29 ans de la base de pharmacovigilance du fabricant, Neurology, 2023 (auteurs majoritairement salariés du fabricant) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Neurology (American Academy of Neurology)
  7. 7.Monographie canadienne de la toxine botulique de sérotype E (date d’autorisation : 22/06/2026) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Santé Canada
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