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Article de fond

Peut-on changer de toxine botulique ?

Passer d’une toxine botulique à une autre est possible, mais pas n’importe comment. Les doses ne se transposent pas d’un produit à l’autre, deux toxines ne s’associent pas, et certains enchaînements n’ont jamais été étudiés, notamment après la toxine courte durée. Voici ce que précisent les notices officielles, à discuter avec votre médecin.

Changer de produit est une question fréquente, surtout depuis l’arrivée d’une nouvelle génération de toxine botulique. Elle prolonge notre comparatif des toxines botuliques : ici, on ne compare pas les produits entre eux, on regarde ce que les notices officielles disent du passage de l’un à l’autre. Le choix du produit, lui, reste une décision médicale, prise avec vous en consultation.

Pourquoi change-t-on de toxine ?

Les raisons sont diverses. Votre médecin peut préférer un produit pour une zone donnée, parce que les indications autorisées ne sont pas les mêmes d’un produit à l’autre. Votre âge peut compter : certaines toxines de type A ne sont indiquées que chez l’adulte de moins de 65 ans4. Vous pouvez aussi souhaiter un profil différent, plus rapide et plus court ou plus lent et plus durable, depuis qu’une toxine botulique de courte durée (sérotype E) est autorisée dans l’Union européenne pour les rides du lion1. Au 9 octobre 2026, elle est aussi autorisée au Canada (depuis le 22 juin 2026)7. Enfin, un effet jugé insuffisant conduit parfois à envisager un autre produit.

Dans tous les cas, quelques règles écrites dans les notices s’appliquent.

Les doses ne se transposent pas d’un produit à l’autre

Chaque toxine botulique a sa propre unité de mesure. Les notices le précisent : les unités d’un produit ne sont pas interchangeables avec celles d’un autre, parce que les méthodes de dosage diffèrent1,3. Une dose efficace avec une toxine ne dit donc rien de la dose nécessaire avec une autre.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le choix du produit et de la dose relève du médecin, et pour lesquelles il est utile de savoir quel produit vous avez reçu la dernière fois. Les notices demandent d’ailleurs que le nom et le numéro de lot du produit administré soient clairement enregistrés1 : demandez-les à chaque séance.

Entre deux toxines de type A

Les toxines de type A autorisées en esthétique partagent un même mode d’action, mais ce sont des médicaments distincts. Leurs notices prévoient toutes un intervalle d’au moins 3 mois entre deux traitements2,3,4,5. Changer de produit d’une séance à l’autre ne dispense pas de cet intervalle : c’est au médecin de fixer la nouvelle dose et le moment de la séance.

Les délais d’action diffèrent aussi un peu d’un produit à l’autre. L’effet maximal est observé selon les notices au cours de la deuxième semaine5 ou vers le 30e jour4. Un résultat qui paraît différent après un changement de produit n’est donc pas forcément un résultat moins bon : il peut simplement s’installer à un autre rythme.

Deux toxines ne s’associent pas

Changer de toxine, c’est remplacer un produit par un autre, pas les cumuler. Les notices rappellent qu’une faiblesse musculaire excessive peut être aggravée par l’administration d’une autre toxine botulique avant la disparition des effets de la précédente1,2. La notice de la toxine courte durée précise que l’effet de l’administration de toxines de sérotypes différents en même temps est inconnu, et que son administration simultanée avec une autre toxine botulique n’a pas été étudiée et doit être proscrite1.

En pratique, signalez toujours une injection récente, même réalisée par un autre médecin ou pour une autre raison, médicale par exemple.

Avant la toxine botulique de courte durée

La toxine courte durée n’est autorisée que pour les rides verticales entre les sourcils, chez l’adulte, lorsqu’elles ont un retentissement psychologique important1. Les autres zones, comme le front ou les pattes d’oie, ne font pas partie de cette indication1. Changer de toxine pour une autre zone que la ride du lion ne relève donc pas de ce choix.

Sa notice prévoit un usage occasionnel, en raison de son action rapide et de sa courte durée1. Elle ne fixe pas de délai précis à respecter après une toxine de type A : elle rappelle seulement le risque d’aggraver une faiblesse musculaire si l’effet de la toxine précédente n’a pas disparu1.

Après la toxine botulique de courte durée

L’effet de la toxine courte durée dure en général 2 à 3 semaines1. Sa notice précise qu’une toxine de type A injectée moins de 30 jours après n’a pas été évaluée1. Dans une étude de phase 1 portant sur 90 personnes, une toxine de type A injectée au 30e jour a eu un effet similaire, que les participants aient reçu la toxine courte durée ou un placebo1.

Des injections répétées de toxine courte durée à moins de 6 semaines d’intervalle n’ont pas non plus été évaluées, ni plus de trois injections consécutives au-delà de 18 semaines1. Ces limites décrivent ce qui a été étudié, pas une recommandation : le calendrier se construit avec le médecin. Les résultats des essais et leurs limites sont présentés sur notre page consacrée aux études sur la nouvelle toxine botulique.

Changer parce que la toxine ne marche plus ?

Il arrive qu’une toxine semble perdre de son efficacité. Une cause possible est la formation d’anticorps qui neutralisent la toxine. Elle reste rare ; une revue de la littérature l’associe surtout à des intervalles courts entre les injections, aux injections de rappel et aux doses élevées6. Une notice rappelle aussi que des doses trop fréquentes peuvent augmenter ce risque3.

D’autres explications existent et doivent être examinées : une notice cite le choix des muscles injectés, la technique d’injection et une dose insuffisante parmi les causes d’échec à analyser2. Changer de produit n’est donc pas la réponse automatique : c’est une conclusion possible, après examen.

Ce qu’il faut dire à votre médecin

Avant une séance avec un nouveau produit, ou chez un nouveau médecin, préparez :

  • le nom du produit reçu la dernière fois, la date et, si possible, le numéro de lot1 ;
  • les zones traitées et le résultat obtenu, y compris un effet trop faible ou trop fort ;
  • toute injection de toxine reçue depuis, quelle qu’en soit la raison1,2 ;
  • vos traitements en cours et vos antécédents, détaillés sur notre page des précautions avant une injection de toxine botulique.

À retenir

  • Les unités d’une toxine ne sont pas interchangeables avec celles d’une autre1,3.
  • Entre deux séances de toxine de type A : au moins 3 mois, même en changeant de produit2,3,4,5.
  • Deux toxines ne s’associent pas : leur administration simultanée doit être proscrite1.
  • Après la toxine courte durée, une toxine de type A injectée avant 30 jours n’a pas été évaluée1.

Questions fréquentes

  • Peut-on passer d’une toxine de type A à une autre ?

    Oui, le choix du produit appartient à votre médecin. Il doit cependant recalculer la dose : les unités d’une toxine ne sont pas interchangeables avec celles d’une autre1,3. Les notices des toxines de type A prévoient par ailleurs au moins 3 mois entre deux traitements2,3,4,5, et certaines ne sont indiquées que chez l’adulte de moins de 65 ans4.

  • Peut-on faire une toxine de type A juste après la toxine courte durée ?

    Une injection de toxine de type A moins de 30 jours après la toxine courte durée n’a pas été évaluée1. Dans une étude de phase 1 menée chez 90 personnes, une toxine de type A injectée au 30e jour a eu un effet similaire, que les participants aient reçu la toxine courte durée ou un placebo1. Le délai à respecter se décide avec le médecin.

  • Changer de toxine évite-t-il de devenir résistant ?

    Les sources consultées ne permettent pas de l’affirmer pour l’usage esthétique. Les anticorps qui rendent une toxine moins efficace sont rares ; une revue les associe surtout à des injections rapprochées, aux injections de rappel et aux doses élevées6. Respecter les intervalles prévus par les notices reste la première précaution3.

Sources

  1. 1.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)
  2. 2.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  3. 3.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 61592762) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  4. 4.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 66865211) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  5. 5.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 69878363) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
  6. 6.Bellows S., Jankovic J., immunogénicité des toxines botuliques, Toxins, 2019 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Toxins (MDPI)
  7. 7.Monographie canadienne de la toxine botulique de sérotype E (date d’autorisation : 22/06/2026) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Santé Canada
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