Menton figé après Botox : pourquoi, combien de temps, que faire
Un menton qui paraît figé, une lèvre inférieure moins mobile ou une gêne pour boire à la paille après une injection de toxine botulique sont des effets connus du traitement du menton. Ils sont temporaires et disparaissent quand l’effet de la toxine s’estompe. Voici leurs causes, leur durée et quand consulter.
Le menton est traité par la toxine botulique pour détendre le muscle mentonnier, responsable de l’aspect « peau d’orange » ou « balle de golf » du menton quand on serre les lèvres1. Parfois, le résultat va plus loin que prévu : le menton paraît figé, la lèvre inférieure bouge moins, boire à la paille devient difficile. C’est l’un des problèmes du menton après une injection décrits par les experts. Il est gênant, parfois visible quand on parle ou qu’on sourit, mais il est temporaire. Voici les réponses aux sept questions que l’on se pose le plus souvent.
Pourquoi le menton paraît-il figé ?
Le muscle mentonnier soulève le menton et pousse la lèvre inférieure vers le haut. Juste à côté se trouve le muscle abaisseur de la lèvre inférieure, qui tire la lèvre vers le bas quand on parle ou qu’on sourit. Le traitement du menton consiste à relâcher le premier sans toucher le second.
Un consensus d’experts sur le bas du visage décrit les situations qui donnent l’impression d’un menton figé1 :
- une toxine qui diffuse vers le muscle qui entoure la bouche, ce qui gêne la mobilité des lèvres : les personnes peuvent alors avoir du mal à manger, à boire à la paille ou à se brosser les dents ;
- une injection placée trop sur le côté, ou une diffusion vers l’abaisseur de la lèvre inférieure, qui peut rendre la lèvre asymétrique ;
- un muscle relâché seulement en partie ou de façon inégale, qui peut former un bombement paradoxal.
Ces experts recommandent pour cette raison de garder les points d’injection à distance de la bouche, afin de préserver la parole et la succion1.
Il faut aussi savoir que le menton ne fait pas partie des zones prévues par les notices françaises : les toxines de type A y sont autorisées en esthétique pour les rides du lion, et selon le produit pour les pattes d’oie et le front2. Le traitement du menton est donc une pratique hors autorisation.
Combien de temps après l’injection apparaît-il ?
Il apparaît au moment où l’effet de la toxine s’installe. Les notices indiquent qu’en général les effets indésirables s’observent dans les premiers jours qui suivent l’injection2, et la notice américaine d’une toxine de type A qu’ils surviennent au cours de la première semaine4. Aucune source ne donne de délai propre au menton.
Combien de temps dure-t-il ?
Il dure au plus le temps de l’effet de la toxine injectée. Les notices ne donnent pas de durée pour le menton, puisqu’il ne fait pas partie des indications autorisées ; pour les zones autorisées, l’effet d’une toxine de type A est démontré jusqu’à 4 mois après l’injection2. Dans une revue de 35 études, les asymétries et déséquilibres des lèvres liés au traitement du bas du visage ont tous disparu spontanément3. Pour comprendre de quoi dépend cette durée, voyez la page combien de temps dure l’effet de la toxine botulique.
Est-ce réversible ?
Oui. L’effet de la toxine botulique est temporaire : la transmission entre le nerf et le muscle se rétablit progressivement, d’abord par de petites ramifications nerveuses, puis par le retour à la terminaison d’origine5. Le menton et la lèvre retrouvent leur mobilité à mesure que l’effet s’estompe.
Existe-t-il un traitement ?
Aucun produit n’annule l’effet de la toxine ; le plus souvent, il faut attendre. Quand une lèvre est devenue asymétrique, le consensus d’experts décrit une correction par une petite injection dans le muscle abaisseur de la lèvre du côté opposé, pour rétablir l’équilibre1. Cette pratique n’a pas été évaluée par un essai ; elle se décide uniquement en consultation, après examen. Aucun massage ni exercice n’a montré d’effet dans les sources consultées.
Que faut-il éviter ?
- Ne demandez pas une nouvelle injection rapprochée pour « débloquer » le menton : l’effet de toxines administrées à quelques mois d’intervalle n’est pas connu, et une faiblesse musculaire peut être aggravée par une autre toxine injectée avant la fin de l’effet de la précédente4,6.
- Ne forcez pas pour boire à la paille ou siffler si cela entraîne des fausses routes ; préférez un verre et des petites gorgées.
- Ne confondez pas une lèvre moins mobile avec une difficulté à avaler : la seconde est un signe d’alerte.
Quand demander un avis médical ?
Parlez-en au médecin qui a fait l’injection dès que la gêne apparaît, surtout si vous avez du mal à manger, à boire ou à articuler : il vérifiera qu’il s’agit bien d’un effet de la toxine et vous dira s’il faut simplement attendre. Notez la date de l’injection et le jour où la gêne a commencé.
Quand consulter rapidement
- Difficulté à avaler ou à respirer
- Voix modifiée
Troubles respiratoires, de déglutition ou visuels : appelez le 15.
Une lèvre de travers est détaillée dans la fiche lèvres asymétriques après une injection. Si la gêne descend vers le cou, voyez la fiche sur le cou raide après une injection.
À retenir
- Un menton figé vient d’un relâchement trop marqué du muscle du menton ou des muscles voisins des lèvres1.
- Il peut gêner pour manger, boire à la paille ou se brosser les dents1.
- Il est temporaire et disparaît avec l’effet de la toxine3,5.
- Le traitement du menton est hors autorisation en France : parlez-en avec votre médecin2.
Questions fréquentes
Pourquoi n’arrive-t-on plus à boire à la paille après une injection du menton ?
Parce que le muscle du menton et les muscles voisins participent au mouvement des lèvres. Lorsqu’ils sont trop relâchés, ou que la toxine gagne le muscle qui abaisse la lèvre inférieure, la fermeture et la mobilité des lèvres deviennent moins efficaces. Un consensus d’experts cite justement la gêne pour boire à la paille, manger ou se brosser les dents parmi les complications possibles1. Cette gêne disparaît avec l’effet de la toxine.
Une bosse peut-elle apparaître sur le menton après l’injection ?
Oui, c’est décrit. Le consensus d’experts sur le bas du visage mentionne un bombement paradoxal du muscle du menton lorsqu’il n’est relâché que partiellement ou de façon inégale1. Ce n’est pas une boule de produit : c’est une partie du muscle qui continue à se contracter. Montrez-la au médecin qui a fait l’injection, qui jugera s’il faut attendre ou ajuster lors d’une séance ultérieure.
Sources
- 1.Fundarò S. et al., consensus italien et revue de la littérature sur le traitement des muscles du bas du visage par toxine botulique de type A, Toxins, 2026 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Toxins (MDPI)
- 2.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 3.Cavallini M. et al., sécurité de la toxine botulique de type A en esthétique : revue systématique des études cliniques, Dermatologic Surgery, 2014 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Dermatologic Surgery
- 4.Notice américaine approuvée par la FDA d’une toxine botulique de type A à usage esthétique (prescribing information, révision 10/2024) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — AbbVie (fabricant), notice approuvée par la FDA
- 5.de Paiva A. et al., récupération de la jonction neuromusculaire après toxine botulique, PNAS, 1999 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS)
- 6.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)