Botox sourire gingival : quand la gencive se voit trop au sourire
Un sourire gingival, ou « gummy smile », découvre largement la gencive. Quand il est dû à des muscles qui relèvent trop la lèvre supérieure, la toxine botulique peut l’atténuer temporairement. Cet usage est étudié, mais il ne figure dans aucune notice française : il est hors autorisation. Voici ce que montrent les études.
Le sourire fait partie des onze zones de notre atlas « pourquoi et comment » de la toxine botulique. Cette fiche porte sur le sourire gingival : ses causes, ce que la toxine peut et ne peut pas faire, ce que montrent les études, et pourquoi il s’agit d’un usage hors autorisation en France. Elle ne remplace pas une consultation.
Pourquoi traite-t-on le sourire gingival ?
On parle de sourire gingival, ou « gummy smile » en anglais, quand la gencive au-dessus des dents du haut se voit largement au sourire. Ses causes sont multiples : une mâchoire supérieure trop haute, des dents qui ont mal fait leur éruption, une gencive épaisse, ou des muscles qui relèvent la lèvre supérieure plus haut que la moyenne2. Un diagnostic individuel est donc indispensable2.
La toxine botulique ne concerne que la dernière cause : des muscles releveurs de la lèvre supérieure trop actifs1,2. En les relâchant temporairement, la lèvre monte moins haut au sourire et découvre moins la gencive. Les muscles le plus souvent visés dans les études sont le releveur de la lèvre supérieure, le releveur de la lèvre supérieure et de l’aile du nez, et le petit zygomatique2.
Ce que la toxine ne fait pas : elle ne corrige pas un sourire gingival dû à la forme des os de la mâchoire ou à la gencive elle-même. Quand la mâchoire supérieure est trop haute, une méta-analyse rappelle que la solution de référence est chirurgicale2.
Dans quels cas la toxine est-elle utilisée ?
Les études portent sur des personnes dont le sourire gingival est dû à une hyperactivité musculaire. La méta-analyse de 2023 a retenu des études de 10 patients au moins, avec plus de 2 mm de gencive visible au sourire, et exclu les sourires gingivaux dus à d’autres causes, comme une éruption dentaire incomplète ou une gencive épaisse2. Il n’y a pas de critère officiel, puisqu’aucune notice française ne prévoit cette zone.
Les contre-indications des notices s’appliquent quelle que soit la zone : allergie à la toxine ou à un composant du produit, maladie générale des muscles et de la jonction entre nerf et muscle (myasthénie, syndrome de Lambert-Eaton), infection au point d’injection3,4. Le traitement n’est pas recommandé pendant la grossesse ni l’allaitement4,5.
Quelle toxine pour le sourire gingival ?
| Toxine | Statut en France |
|---|---|
| Toxine botulique de longue durée (type A) | Pas d’indication esthétique pour cette zone dans les RCP en vigueur en France : pratique hors autorisation de mise sur le marché, à discuter avec votre médecin |
| Toxine botulique de courte durée (sérotype E) | Pas d’indication esthétique pour cette zone dans les RCP en vigueur en France : pratique hors autorisation de mise sur le marché, à discuter avec votre médecin |
Les toxines de type A autorisées en esthétique en France visent la ride du lion et, selon le produit, les pattes d’oie et les rides du front3,5. Aucune ne prévoit le sourire gingival. La toxine botulique de courte durée (sérotype E) n’est autorisée que pour la ride du lion4. Pour cette zone, toute injection est donc hors autorisation de mise sur le marché. Les études publiées portent sur des toxines de type A1,2.
Est-ce indiqué pour moi ?
La première étape est de comprendre la cause de votre sourire gingival. Elle demande souvent un examen par un dentiste ou un orthodontiste, en plus de l’avis du médecin qui réalise l’injection. Si la cause est osseuse ou dentaire, la toxine n’est pas la bonne réponse2.
Si la cause est musculaire, votre médecin évaluera la symétrie de votre sourire, la quantité de gencive visible et vos attentes. Une méta-analyse rappelle que d’autres options existent selon le cas : chirurgie de la mâchoire, chirurgie de la gencive, orthodontie, ou repositionnement chirurgical de la lèvre, ce dernier exposant à des récidives dans les premières semaines2.
Questions à poser au médecin : quelle est la cause de mon sourire gingival ? Ce traitement est-il hors autorisation ? Quel résultat est raisonnable ? Que se passe-t-il si mon sourire devient asymétrique ? Quelles alternatives dans mon cas ?
Délais et durée
Aucune notice ne donne de délai ni de durée pour cette zone. Dans la méta-analyse de 2023, la diminution de la gencive visible était d’environ 2,5 mm en moyenne à deux semaines et d’environ 2,2 mm à trois mois2. L’effet diminue progressivement mais restait mesurable à 12 semaines2. Dans l’étude pilote de 2005, portant sur cinq patients, l’amélioration a duré de 3 à 6 mois1.
Pour comprendre comment la toxine agit dans le temps, voyez la page sur le délai d’action de la toxine botulique.
Quels risques sur cette zone ?
La région de la bouche est faite de muscles qui servent à sourire, à parler, à manger. Une notice de type A rappelle, pour une zone voisine, qu’une injection trop proche du muscle grand zygomatique peut faire tomber la lèvre3. La méta-analyse de 2023 avait parmi ses objectifs l’étude des complications2 ; son résumé ne donne pas de fréquence. Les réactions au point d’injection décrites dans les notices (douleur, gonflement, petit bleu) sont aussi possibles4.
Les lèvres voisines font l’objet d’une fiche sur la toxine botulique et les lèvres, et le haut du nez d’une fiche sur les rides du nez.
Une gêne pour avaler, pour parler ou pour respirer impose de consulter immédiatement4. Si votre sourire vous paraît modifié après une injection, la page sourire après une injection : que faire ? décrit les situations les plus fréquentes.
À retenir
- La toxine ne concerne que le sourire gingival dû à des muscles releveurs de la lèvre trop actifs1,2.
- Effet mesuré : environ 2,5 mm de gencive visible en moins à deux semaines, en moyenne2.
- Aucune notice française ne prévoit cet usage : il est hors autorisation3,4.
- Le diagnostic de la cause, parfois avec un dentiste, passe avant tout traitement.
Questions fréquentes
La toxine botulique peut-elle corriger un sourire gingival ?
Elle peut l’atténuer temporairement quand il est dû à des muscles qui relèvent trop la lèvre supérieure. Une méta-analyse de 2023 estime la diminution moyenne de la gencive visible à environ 2,5 mm deux semaines après l’injection2. Elle ne convient pas quand le sourire gingival a une autre cause, comme un excès de hauteur de la mâchoire supérieure2. Cet usage est hors autorisation en France.
Combien de temps dure l’effet sur un sourire gingival ?
Dans une petite étude pilote de cinq patients, l’amélioration a duré 3 à 6 mois1. Dans une méta-analyse plus récente, l’effet diminue progressivement avec le temps mais reste mesurable à 12 semaines, sans retour complet à l’état initial à ce stade2. Aucune notice officielle ne donne de durée pour cette zone, puisque cet usage n’y figure pas.
Quelles sont les alternatives à la toxine botulique pour un sourire gingival ?
Selon la cause, d’autres traitements existent : chirurgie de la mâchoire (orthognathique) quand la mâchoire supérieure est trop haute, chirurgie de la gencive, déplacement des dents par orthodontie, ou repositionnement chirurgical de la lèvre2. Le bon choix dépend d’un diagnostic précis, souvent fait avec un dentiste ou un orthodontiste. Parlez-en avec votre médecin.
Sources
- 1.Polo M., toxine botulique et sourire gingival : étude pilote, American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthopedics, 2005 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthopedics
- 2.Rojo-Sanchis C. et al., toxine botulique de type A et sourire gingival : revue systématique et méta-analyse, Journal of Clinical Medicine, 2023 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Journal of Clinical Medicine
- 3.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 61592762) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 4.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)
- 5.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments