Difficulté à mâcher après Botox : pourquoi, combien de temps
Une mâchoire qui se fatigue vite, une mastication moins forte ou une gêne pour mâcher les aliments après une injection de toxine botulique dans les masséters sont l’effet indésirable le plus souvent rapporté dans les essais. Il est en général léger et temporaire. Voici sa cause, sa durée, ce qu’il faut éviter et quand consulter.
Les masséters sont les muscles puissants situés à l’angle de la mâchoire, qui servent à serrer les dents et à mâcher10. Quand ils sont très développés, certaines personnes les font injecter par la toxine botulique pour affiner le bas du visage. En France, aucune notice ne prévoit cette zone : c’est un usage hors autorisation, pour toutes les toxines6,7. Le muscle relâché pour réduire son volume perd aussi une partie de sa force, ce qui peut rendre la mastication moins efficace. C’est l’un des problèmes de mâchoire après une injection des masséters. Voici les réponses aux sept questions que l’on se pose le plus souvent.
Pourquoi a-t-on du mal à mâcher ?
La toxine botulique bloque la transmission entre le nerf et le muscle injecté. Dans le masséter, c’est précisément ce relâchement qui est recherché, puisqu’il entraîne avec le temps une diminution du volume du muscle et de la largeur du bas du visage1,10. Mais un masséter affaibli serre aussi moins fort : la mastication demande plus d’effort, la mâchoire se fatigue plus vite, et une gêne ou une douleur de la mâchoire peut apparaître.
Les essais regroupent ces plaintes sous le terme de « trouble de la mastication ». Dans l’essai de phase 3 publié en 2026, financé par le fabricant de la toxine étudiée, il recouvrait la fatigue ou la douleur du masséter et de la mâchoire, et une faiblesse pour mâcher1. Dans l’essai de phase 2b, également financé par le fabricant, il était décrit comme une difficulté à mâcher, le besoin de mâcher davantage ou une fatigue en mâchant2.
C’est l’effet indésirable lié au traitement le plus fréquent dans l’essai de phase 3 : 3,5 % des personnes traitées, contre aucune sous placebo, et 4,2 % en comptant tous les troubles de la mastication survenus pendant l’essai1. Dans l’essai de phase 2b, 2,9 % des personnes traitées étaient concernées, un peu plus souvent à la dose la plus forte (4,1 %) qu’à la plus faible (1,9 %)2. Une série rétrospective d’un seul centre donne un chiffre bien plus élevé : une baisse temporaire de la force de mastication a été signalée après 611 séances sur 2 036, soit 30 %3. Cette série notait les plaintes à chaque séance lors du suivi3, ce qui n’est pas comparable aux événements signalés dans les essais.
Combien de temps après l’injection apparaît-elle ?
Elle apparaît quand l’effet de la toxine s’installe. Une revue de 36 articles sur les effets indésirables des injections des masséters indique que la plupart apparaissent dans les 2 à 4 semaines qui suivent l’injection4. Une étude qui a mesuré la force de morsure maximale l’a trouvée nettement diminuée 3 mois après une injection5.
Combien de temps dure-t-elle ?
Le plus souvent quelques semaines. Dans l’essai de phase 2b, les troubles de la mastication ont tous disparu dans le mois qui a suivi leur début2. Dans l’essai de phase 3, les effets liés au traitement étaient en général légers et ont disparu spontanément1. La revue de 36 articles indique que la plupart des effets indésirables des injections des masséters disparaissent en 12 semaines4.
La force de morsure mesurée, elle, revient plus lentement : dans une étude de 20 personnes traitées, comparées à 12 personnes non traitées, elle était nettement diminuée à 3 mois et ne l’était plus de façon significative à 6 mois5. Cette étude a été financée en partie par le fabricant de la toxine utilisée5. Pour comprendre de quoi dépend la durée d’action, voyez la page combien de temps dure l’effet de la toxine botulique.
Est-ce réversible ?
Oui. Les auteurs de l’étude sur la force de morsure parlent d’une baisse réversible5. Comme partout, l’effet de la toxine botulique est temporaire : la transmission entre le nerf et le muscle se rétablit progressivement, d’abord par de petites ramifications nerveuses, puis par le retour à la terminaison d’origine8.
Existe-t-il un traitement ?
Aucun produit n’annule l’effet de la toxine : la gêne disparaît d’elle-même avec le temps, le plus souvent en quelques semaines1,2. En attendant, adapter son alimentation peut aider.
Si vous envisagez une nouvelle séance, parlez de cette gêne au médecin. Dans l’essai de phase 2b, elle était un peu plus fréquente à la dose la plus forte2, et la série d’un seul centre recommande de garder les points d’injection à l’intérieur d’une zone de sécurité du muscle, à distance de ses bords, pour limiter les complications3.
Que faut-il éviter ?
- Ne demandez pas une injection supplémentaire pour « compenser » : une faiblesse musculaire peut être aggravée par une autre toxine injectée avant la fin de l’effet de la précédente6,7.
- Ne forcez pas sur les aliments durs ou très fibreux, ni sur le chewing-gum, tant que la mâchoire se fatigue vite.
- Ne confondez pas une mâchoire fatiguée avec une difficulté à avaler : la seconde est un signe d’alerte qui impose de consulter immédiatement7.
Quand demander un avis médical ?
Parlez-en au médecin qui a fait l’injection si la gêne vous empêche de vous alimenter normalement, si elle s’accompagne d’une douleur importante ou si elle ne s’améliore pas. Signalez aussi un sourire qui paraît plus faible ou différent : dans l’essai de phase 2b, quelques personnes ont rapporté un sourire affaibli ou modifié2. La fiche sur le sourire modifié après une injection traite de cette situation.
Plus rarement, la toxine peut agir à distance du point d’injection. Les notices décrivent alors des troubles de la déglutition, de la parole ou de la respiration, qui imposent de consulter immédiatement6,7. Une série de trois cas publiée en 2025 en rapporte un après une injection des masséters, avec des troubles de la parole et de la déglutition apparus 3 jours après9. Ces signes sont détaillés dans la fiche difficulté à avaler après une injection.
Quand consulter rapidement
- Difficulté à avaler ou à respirer
- Voix modifiée ou difficulté à articuler
Troubles respiratoires, de déglutition ou visuels : appelez le 15.
À retenir
- Une mastication moins forte ou une mâchoire qui se fatigue vite est l’effet indésirable lié au traitement le plus souvent rapporté après une injection des masséters1,2.
- Elle apparaît en général dans les semaines qui suivent l’injection et disparaît le plus souvent en quelques semaines2,4.
- La force de morsure mesurée n’est plus significativement diminuée 6 mois après une injection5.
- Le traitement des masséters est hors autorisation en France ; une gêne pour avaler, parler ou respirer impose de consulter immédiatement6,7.
Questions fréquentes
Est-ce fréquent d’avoir du mal à mâcher après une injection des masséters ?
C’est l’effet indésirable lié au traitement le plus souvent rapporté, mais sa fréquence varie selon la façon de le recueillir. Dans un essai de phase 3 financé par le fabricant, il concernait 3,5 % des personnes traitées, contre aucune sous placebo1 ; dans un essai de phase 2b, 2,9 %2. Dans une série d’un seul centre, où les plaintes étaient notées à chaque séance, une baisse temporaire de la force de mastication a été signalée après 30 % des séances3.
Sources
- 1.Sun J. et al., toxine botulique de type A et masséters proéminents : essai de phase 3 contre placebo, Aesthetic Surgery Journal, 2026 (étude financée par le fabricant) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Aesthetic Surgery Journal (Oxford University Press)
- 2.Liew S. et al., essai contrôlé de phase 2b d’une toxine botulique de type A dans les masséters proéminents, Aesthetic Surgery Journal, 2025 (étude financée par le fabricant) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Aesthetic Surgery Journal (Oxford University Press)
- 3.Peng H.P., Peng J.H., complications de la toxine botulique dans l’hypertrophie des masséters : fréquence sur 2 036 séances, Journal of Cosmetic Dermatology, 2018 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Journal of Cosmetic Dermatology
- 4.Yeh Y.T. et al., revue de la littérature sur les effets indésirables de la toxine botulique dans l’hypertrophie des masséters, Journal of Cosmetic Dermatology, 2018 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Journal of Cosmetic Dermatology
- 5.Ågren M. et al., durée de la baisse de la force de morsure après une injection de toxine botulique dans les masséters : essai non randomisé sur un an, Journal of Oral Rehabilitation, 2023 (financement partiel par un fabricant) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Journal of Oral Rehabilitation
- 6.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 7.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)
- 8.de Paiva A. et al., récupération de la jonction neuromusculaire après toxine botulique, PNAS, 1999 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS)
- 9.Wu L. et al., troubles de la déglutition et faiblesse musculaire après injection esthétique de toxine botulique : trois cas, Dysphagia, 2025 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Dysphagia
- 10.Fedorowicz Z. et al., toxine botulique et hypertrophie des masséters, revue Cochrane, 2013 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Cochrane Database of Systematic Reviews