Yeux secs après Botox : pourquoi, combien de temps, que faire
Un œil sec, qui pique ou brûle après une injection de toxine botulique autour des yeux, est un effet indésirable connu. Il vient d’un clignement moins efficace et d’un film de larmes moins stable. Il est temporaire et se soulage avec des collyres et des gels lubrifiants, mais certains signes doivent faire consulter rapidement.
Un œil qui pique, qui brûle, qui donne une sensation de sable ou qui larmoie paradoxalement : la sécheresse de l’œil fait partie des problèmes autour des yeux après une injection de toxine botulique. Elle survient surtout après le traitement des pattes d’oie, au coin des yeux. Elle est le plus souvent légère et temporaire. Mais l’œil est un organe fragile : une sécheresse importante, une douleur ou une baisse de la vision doivent faire consulter rapidement. Cette fiche répond aux sept questions que l’on se pose le plus souvent.
Pourquoi l’œil devient-il sec après une injection ?
Le muscle injecté pour atténuer les pattes d’oie, l’orbiculaire de l’œil, est aussi celui qui ferme les paupières. À chaque clignement, il étale les larmes sur la surface de l’œil et aide à les renouveler. S’il est trop relâché, le clignement devient moins efficace.
La notice d’une toxine botulique décrit ce mécanisme : une diminution du clignement, rapportée avec des toxines botuliques, peut entraîner une sécheresse de l’œil, une exposition de la cornée et, dans les cas les plus sévères, des lésions de sa surface, en particulier chez les personnes atteintes d’une maladie du nerf facial3. Une revue consacrée aux complications du haut du visage ajoute que la paralysie de la partie orbitaire du muscle peut empêcher l’œil de se fermer complètement, ce qui l’assèche4.
Les études récentes suggèrent d’autres effets sur les larmes. Chez 30 patients traités pour des pattes d’oie, le film de larmes était moins stable et les petites glandes du bord des paupières, qui produisent la partie grasse des larmes, fonctionnaient moins bien dans les trois mois suivant l’injection5. Dans une autre étude, la production de larmes de base était plus faible chez les personnes ayant reçu récemment des injections autour des yeux, sans différence nette sur les symptômes ressentis6.
Les notices classent cet effet de façon variable : la sécheresse de l’œil est fréquente après le traitement des pattes d’oie avec une toxine de type A, et peu fréquente après le traitement de l’ensemble du haut du visage1. Pour une autre toxine de type A, elle a été signalée après la commercialisation, sans fréquence connue2.
Combien de temps après l’injection apparaît-elle ?
Aucune notice ne précise de délai d’apparition. Dans l’étude de 30 patients traités pour des pattes d’oie, les lésions superficielles de la cornée étaient les plus marquées une semaine après l’injection, alors que la stabilité du film de larmes était la plus faible à trois mois5. La sécheresse peut donc apparaître dans les premiers jours, quand l’effet de la toxine s’installe, ou se faire sentir plus tard.
Combien de temps dure-t-elle ?
Elle dure en général tant que le muscle reste relâché, c’est-à-dire le temps de l’effet du produit. Pour les pattes d’oie, une toxine de type A a montré un effet sur les rides jusqu’à 5 mois dans les essais2. Les auteurs de l’étude sur la surface de l’œil concluent que ces modifications sont temporaires5. Les durées d’effet selon les produits sont détaillées sur la page combien de temps dure la toxine botulique.
Est-ce réversible ?
Oui. Les effets indésirables de la toxine botulique dans le haut du visage sont décrits comme passagers4, et les auteurs de l’étude sur la surface de l’œil parlent d’une atteinte temporaire5 : quand le muscle orbiculaire retrouve sa force, le clignement redevient efficace. La notice souligne toutefois que des lésions de la cornée doivent être traitées rigoureusement3 : c’est la raison pour laquelle une sécheresse importante ne doit pas être négligée.
Existe-t-il un traitement ?
Oui. En cas de fermeture incomplète de l’œil et de sécheresse, des collyres et des gels lubrifiants sont recommandés4. Quand la surface de la cornée est abîmée, la notice d’une toxine botulique prévoit un traitement rigoureux, qui peut faire appel à un collyre protecteur, une pommade, des lentilles souples thérapeutiques ou une fermeture de l’œil par un pansement3. Ces traitements se décident après un examen, le plus souvent par un ophtalmologiste.
Des mesures simples aident souvent : faire des pauses devant les écrans, éviter l’air sec ou le souffle direct de la climatisation, protéger l’œil la nuit s’il se ferme mal. Aucun traitement n’accélère la disparition de la toxine.
Que faut-il éviter ?
Ne frottez pas vos yeux : une cornée sèche est plus fragile. N’utilisez pas de collyre autre qu’un lubrifiant sans avis médical, en particulier pas de collyre « contre les yeux rouges » acheté sans ordonnance. Ne laissez pas traîner une douleur ou une baisse de la vision. Ne programmez pas de nouvelle injection autour des yeux tant que la sécheresse persiste, et signalez-la au médecin avant la séance suivante.
Quand demander un avis médical ?
Parlez-en au médecin qui a réalisé l’injection si l’œil est sec, même modérément, pour qu’il vérifie la fermeture des paupières. Consultez rapidement, si possible un ophtalmologiste, si l’œil est rouge et douloureux, si vous êtes gêné par la lumière, si vous ne parvenez pas à fermer complètement l’œil, si la sensation de corps étranger persiste ou si la vision baisse : ces signes peuvent traduire une atteinte de la cornée3.
Quand consulter rapidement
- Œil rouge et douloureux, gêne à la lumière
- Vision trouble, baisse de la vision ou vision double
- Gêne pour avaler, parler ou respirer
Troubles respiratoires, de déglutition ou visuels : appelez le 15.
La sécheresse accompagne souvent des pattes d’oie trop figées. D’autres effets peuvent toucher la même région : les paupières gonflées ou la paupière qui tombe.
À retenir
- Un muscle orbiculaire trop relâché rend le clignement moins efficace et peut assécher l’œil3,4.
- La sécheresse de l’œil est un effet décrit dans les notices, fréquent après le traitement des pattes d’oie avec une toxine de type A1.
- Elle est temporaire et se soulage avec des collyres et des gels lubrifiants4.
- Œil rouge, douloureux, qui se ferme mal ou vision qui baisse : consultez rapidement.
Questions fréquentes
Les lentilles de contact sont-elles déconseillées avec un œil sec ?
Pendant une sécheresse, les lentilles peuvent aggraver l’inconfort : le rapport international sur la sécheresse oculaire d’origine médicale cite d’ailleurs les lentilles parmi les facteurs associés à la sécheresse7. Demandez l’avis de votre médecin ou de votre ophtalmologiste avant de continuer à les porter. Paradoxalement, des lentilles souples thérapeutiques, posées par un spécialiste, font partie des moyens de protéger une cornée abîmée3 : ce n’est pas la même situation.
Avais-je un risque particulier de sécheresse ?
Peut-être. Le même rapport international range les applications de toxine botulique parmi les facteurs de risque de sécheresse oculaire, au même titre que certaines chirurgies des paupières ou des yeux, les lentilles et certains médicaments7. La notice d’une toxine botulique signale un risque particulier chez les personnes atteintes d’une maladie du nerf facial3. Si vous avez déjà les yeux secs, signalez-le avant toute injection autour des yeux.
Sources
- 1.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 61592762) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 2.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 3.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)
- 4.Borba A. et al., éviter les complications de la toxine botulique dans le haut du visage : guide pratique, Aesthetic Plastic Surgery, 2022 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Aesthetic Plastic Surgery
- 5.Han J. et al., effets sur la surface de l’œil des injections de toxine botulique de type A dans les pattes d’oie, Contact Lens and Anterior Eye, 2025 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Contact Lens and Anterior Eye
- 6.Yao A., Malhotra R., production de larmes après injections de toxine botulique du haut du visage, Ophthalmic Plastic and Reconstructive Surgery, 2025 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Ophthalmic Plastic and Reconstructive Surgery
- 7.Gomes J.A.P. et al., rapport TFOS DEWS II sur la sécheresse oculaire d’origine iatrogène, The Ocular Surface, 2017 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — The Ocular Surface (Tear Film & Ocular Surface Society)