Botox paupières : pourquoi on évite d’injecter près de la paupière
Les paupières ne sont pas une zone de traitement esthétique dans les notices françaises de toxine botulique. C’est au contraire une zone que l’on protège : une toxine qui atteint le muscle releveur de la paupière peut la faire tomber, de façon temporaire. Voici pourquoi, ce que disent les notices et les questions à poser.
Les paupières font partie des onze zones de notre guide de la toxine botulique zone par zone, mais d’une façon particulière : ce n’est pas une zone que l’on traite, c’est une zone que l’on protège. Cette fiche explique pourquoi, et ce qu’il faut savoir quand on traite les zones voisines. Elle ne remplace pas une consultation.
Pourquoi parle-t-on des paupières ?
La paupière supérieure est relevée par un petit muscle, le muscle releveur de la paupière supérieure. Si la toxine botulique atteint ce muscle, il s’affaiblit et la paupière tombe : c’est la ptôse palpébrale3. Or plusieurs zones couramment traitées sont toutes proches : la ride du lion, le front, la queue du sourcil et les pattes d’oie.
C’est pourquoi la notice de la toxine botulique de courte durée (sérotype E) demande d’éviter d’injecter près du muscle releveur de la paupière, en particulier chez les personnes dont les muscles qui abaissent le sourcil sont très développés, et d’injecter la partie externe du muscle corrugateur à au moins 1 cm au-dessus du rebord de l’orbite1. Les notices de type A comportent la même vigilance : elles signalent un risque de ptôse à limiter en respectant les doses et le nombre de points d’injection2, et demandent, pour les pattes d’oie, d’injecter juste sous la peau pour limiter la diffusion6.
Ce que la toxine ne fait pas : elle ne traite ni des paupières lourdes liées à un excès de peau, ni des poches sous les yeux. Ces situations relèvent d’autres approches, à discuter avec votre médecin.
Dans quels cas la toxine est-elle utilisée près des paupières ?
Dans les notices françaises, la toxine est utilisée autour des paupières, jamais sur la paupière elle-même : pour la ride du lion, les pattes d’oie et le front, selon le produit2,5,6. Un consensus d’experts publié en 2010, rédigé par un groupe d’experts constitué autour du produit d’un fabricant, décrit aussi un traitement des ridules de la paupière inférieure4 ; cette pratique est hors autorisation en France.
Certaines situations imposent la prudence ou contre-indiquent l’injection. La notice de la toxine courte durée demande de la prudence en cas de paupière déjà tombante1. Les notices contre-indiquent l’injection en cas de maladie générale des muscles et de la jonction entre nerf et muscle (myasthénie, syndrome de Lambert-Eaton), d’allergie à la toxine ou d’infection au point d’injection1,2.
Quelle toxine pour les paupières ?
| Toxine | Statut en France |
|---|---|
| Toxine botulique de longue durée (type A) | Pas d’indication esthétique pour cette zone dans les RCP en vigueur en France : pratique hors autorisation de mise sur le marché, à discuter avec votre médecin |
| Toxine botulique de courte durée (sérotype E) | Pas d’indication esthétique pour cette zone dans les RCP en vigueur en France : pratique hors autorisation de mise sur le marché, à discuter avec votre médecin |
Zone non traitée en tant que telle : la fiche explique pourquoi on évite d’y injecter.
Est-ce un risque pour moi ?
Si vous envisagez un traitement de la ride du lion, du front ou des pattes d’oie, votre médecin évaluera la position de vos paupières et de vos sourcils avant l’injection. Une paupière déjà un peu basse, une asymétrie, une chirurgie antérieure des paupières ou des sourcils sont des éléments à signaler : la notice de la toxine courte durée demande de tenir compte de l’anatomie et des interventions antérieures1.
Questions à poser au médecin : mes paupières présentent-elles un risque particulier ? Où allez-vous injecter, et à quelle distance de l’œil ? Que faire si une paupière tombe ? Qui contacter dans les jours qui suivent ?
Délais et durée
Il n’y a pas de délai d’action à décrire pour une zone qui n’est pas traitée. En revanche, les délais de la ptôse palpébrale sont connus. Une revue indique qu’elle apparaît en moyenne entre 3 et 14 jours après l’injection et qu’elle se résout d’elle-même quand l’effet de la toxine s’estompe3. Pour le traitement du front, une notice donne un délai médian d’apparition de 9 jours2.
La durée de la ptôse dépend donc de la durée d’action de la toxine injectée, expliquée sur la page délai d’action et durée de la toxine botulique.
Quels risques autour des paupières ?
Les notices décrivent, pour les zones voisines, une chute de la paupière supérieure, un gonflement des paupières et une sécheresse de l’œil1,2,5. Pour la toxine courte durée, la chute de la paupière est rapportée chez 0,17 % des personnes traitées1. La notice signale aussi qu’une paupière tombante ou un trouble de la vue peuvent gêner la conduite1.
Si la paupière tombe, des collyres prescrits par un médecin peuvent la relever partiellement en attendant que l’effet de la toxine s’estompe3. Les zones voisines sont présentées dans les fiches sur les rides de la patte d’oie, le relèvement du sourcil et la ride du lion entre les sourcils.
Une gêne pour avaler, pour parler ou pour respirer impose de consulter immédiatement1. Un trouble de la vue doit aussi faire consulter rapidement. Pour reconnaître une paupière tombante ou gonflée et savoir quoi faire, voyez la page paupières après une injection : que faire ?.
À retenir
- La paupière n’est pas une zone de traitement esthétique dans les notices françaises : c’est une zone que l’on épargne1,2.
- La ptôse palpébrale vient d’une diffusion de la toxine vers le muscle releveur de la paupière3.
- Elle apparaît en moyenne entre 3 et 14 jours après l’injection et disparaît avec l’effet de la toxine3.
- Signalez à votre médecin toute paupière déjà basse ou chirurgie antérieure.
Questions fréquentes
Peut-on injecter de la toxine botulique dans la paupière supérieure à des fins esthétiques ?
Aucune notice française de toxine botulique ne prévoit d’indication esthétique pour la paupière. Les notices demandent même d’éviter d’injecter près du muscle qui relève la paupière supérieure, pour limiter le risque qu’elle tombe1. Les zones autorisées voisines sont la ride du lion et, selon le produit, les pattes d’oie et le front2,5,6. Toute autre pratique autour de l’œil est hors autorisation.
Pourquoi la paupière peut-elle tomber après une injection ?
La paupière tombe quand le muscle releveur de la paupière supérieure est affaibli par de la toxine qui a diffusé depuis la zone injectée, par exemple depuis la région du sourcil3. Une revue décrit aussi une voie anatomique, présente chez certaines personnes, qui facilite ce passage depuis le sourcil3. C’est un effet indésirable connu, temporaire.
Combien de temps dure une paupière tombante après toxine botulique ?
Selon une revue, la paupière tombe en moyenne entre 3 et 14 jours après l’injection et se rétablit d’elle-même quand l’effet de la toxine s’estompe3. Des collyres prescrits par un médecin peuvent la relever partiellement en attendant3. Si vous êtes concerné, consultez le médecin qui a fait l’injection ; un trouble de la vue impose de consulter rapidement.
Sources
- 1.Résumé des caractéristiques du produit de la toxine botulique de sérotype E autorisée dans l’Union européenne (annexe I de l’EPAR, version française) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Commission européenne (registre de l'Union des médicaments)
- 2.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 68150775) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 3.Nestor M.S. et al., ptôse de la paupière après toxine botulique : revue, Journal of Cosmetic Dermatology, 2021 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Journal of Cosmetic Dermatology
- 4.Ascher B. et al., recommandations de consensus international sur la toxine botulique de type A en esthétique, partie II : milieu et bas du visage, cou et décolleté, Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, 2010 (groupe d’experts constitué autour du produit d’un fabricant) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology
- 5.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 66865211) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments
- 6.RCP d’une toxine botulique de type A autorisée en esthétique en France (BDPM, CIS 61592762) (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Base de données publique des médicaments